Et me voilà qui arrive là-dedans.
Je l’ai déjà dit : je n’ai jamais vraiment eu l’impression d’accepter un poste. J’ai plutôt l’impression d’occuper, pour un temps, une position privilégiée. Celle de prendre soin d’une maison qui existait bien avant moi et qui continuera longtemps après mon passage.
On ne reçoit pas les clés d’une institution pour la mettre à son image. On les reçoit avec la responsabilité de les remettre, un jour, dans un meilleur état que celui dans lequel on les a trouvées.
Alors, pour ces 50 ans, j’ai autant envie de regarder derrière nous que devant.
Je veux qu’on se souvienne de ce qui a fait de La Bordée ce qu’elle est, mais je veux surtout qu’on se demande ensemble ce qu’elle peut devenir. Comment continuer à surprendre? Comment ouvrir davantage nos portes? Comment donner aux artistes les meilleures conditions pour créer? Comment faire en sorte que des gens qui ne pensent pas que le théâtre est « pour eux » découvrent qu’ils peuvent, eux aussi, y trouver leur place?
Parce que plus j’avance, plus je suis convaincu d’une chose : dans un monde où tellement de choses sont fabriquées, filtrées, accélérées et consommées rapidement, le théâtre possède quelque chose de précieux.
Ici, ça arrive pour vrai.
Un acteur respire devant vous. Une salle rit ensemble. Un silence s’installe sans que personne ne l’ait planifié. Une représentation dérape parfois légèrement et devient, justement pour cette raison, celle dont on se souviendra.
On est là. Ensemble. Au même moment.
Je ne sais pas exactement à quoi ressembleront les prochaines années de La Bordée, et tant mieux. Une direction artistique qui connaîtrait déjà toutes ses réponses m’inquiéterait un peu.
Je sais cependant ce que j’aimerais protéger : une maison curieuse, vivante, généreuse, qui donne envie aux artistes d’aller plus loin et au public de revenir. Une maison capable de nous faire rire, de nous rentrer dedans, de nous surprendre et, parfois, de déplacer légèrement notre regard sur le monde.
Les 50 premières années de La Bordée appartiennent à tous ceux et celles qui l’ont construite.
Les prochaines commenceront avec nous.
J’ai terriblement hâte de les vivre avec vous.
Charles-Étienne Beaulne