Ouf!…

Quelle année venons-nous de passer! Depuis plus d’un an, chacun d’entre nous avons dû nous adapter, changer nos habitudes, changer nos plans, abandonner des projets, en créer d’autres, repenser nos priorités, imaginer comment continuer de voir ceux que nous aimons, résister à la morosité, combattre la langueur, le découragement. Vraiment, quelle année!

Mais malgré tout cela, ce bouleversement à l’échelle mondiale aura eu le mérite – dans la mesure où l’on peut accorder du mérite à un virus! – de mettre en lumière toutes les faiblesses de nos sociétés : sur le plan du système économique, du système de santé, du système d’éducation, du traitement des personnes âgées, de notre autonomie alimentaire, de notre autonomie en biens essentiels, etc. etc.

Il aura eu aussi un autre mérite, essentiel celui-là, soit de nous faire réaliser que nous avons absolument besoin les uns des autres!

Nous sommes des bibittes profondément grégaires.

Nous sommes, les uns pour les autres, un bien essentiel. Essentiel pour notre esprit, notre cœur, notre âme, notre psyché, notre cerveau, nommons-le comme nous voulons. Le numérique, et Netflix, et Zoom, et l’ordi, et les écrans de tous les formats, si utiles soient-ils, – et Dieu sait à quel point nous en avons eu besoin! – si utiles soient-ils, ne sont pas l’essentiel. Loin de là.

S’il y a une chose que ce virus nous a révélée, c’est que nous avons un besoin vital de nous abreuver d’essentiel : de nous prendre dans les bras, de manger et boire ensemble de longues heures – ce qui, contrairement à Zoom, ne nous lessive pas le cerveau, bien au contraire! – de se toucher, d’être assis tout contre l’autre et sentir son corps, sa chaleur, sa présence. Et être dans une salle de spectacle pour regarder ensemble des acteurs jouer une histoire écrite par une poète, par un dramaturge fait aussi partie de cet essentiel.

Le théâtre, comme un virus, révèle ce qui ne va pas bien dans nos sociétés, dans nos rapports les uns envers les autres, dans notre rapport à nous-mêmes; il éclaire ce qu’on ne voit pas, ce qu’on distingue mal et qui mérite qu’on s’y attarde, qu’on y réfléchisse, ensemble, en même temps, afin de faire autrement, afin de faire mieux.

C’est ce que j’espère pour cette saison-ci, que chacune des pièces que vous viendrez voir à La Bordée vous apporte ce que le théâtre peut offrir d’essentiel et que rien d’autre ne peut remplacer.

 

Bonne saison,

 

Michel Nadeau,

directeur artistique et co-directeur général de La Bordée